A Baba-inu Ba – Ben Mohammed

A BABA-INU BA

1973 préface du disque 45 tours par Mouloud Mammeri

Dehors la neige habite la nuit. L’exil du soleil a suscité nos frayeurs et nos rêves.

Dedans, une voix cassée, la même depuis des siècles, des millénaires, celle des mères de nos mères, crée à mesure le monde merveilleux qui a bercé nos ancêtres depuis les jours anciens.

Le temps s’est arrêté, le chant exorcise la peur, il crée la chaleur des hommes près de la chaleur du feu. Le même rythme tisse la laine pour nos corps, la fable pour nos cœurs.

C’était ainsi depuis toujours, pourtant les dernières veillées en mourant risquaient d’emporter avec elles les derniers rythmes.

Allons-nous rester orphelins d’elles et d’eux ? Il faut savoir gré à celui qui, habille à la fois moderne et immortel les vers fidèles et beaux, prolonge pour nous avec des outils très actuel un émerveillement très ancien.

C’est en vain que dehors la neige habite la nuit.

Ttxil-k lli-yi-n tabburt, a baba-inu ba, a baba-inu ba
Ččenčen tizebgatin-im a yelli Ɣriba,
Ugadeɣ lweḥc  n lɣaba a baba-inu ba, a baba-inu ba
Ugadeɣ ula d nekkini a yelli ɣriba,

Amɣar yettel deg bernus, di tesga la yeẓẓiẓin
Mmis yettḥebbir i lqut, ussan g uqarru-s tezzin

Tislit deffir uzeṭṭa, tesallay tijebbadin
Arrac zzin-d i temɣart, a sen-tesɣar tiqdimin

Ttxil-k lli-yi-n tabburt a baba-inu ba, a baba-inu ba
Ččenčen tizebgatin-im a yelli Ɣriba,
Ugadeɣ lweḥc  n lɣaba a baba-inu ba, a baba-inu ba
Ugadeɣ ula d nekkini a yelli ɣriba,

Adfel yessed tibbura, tuggi kecmen-tt yeḥlulen
Tajmaɛt tettargu tafsut, aggur d yetran ḥejben

Ma d aqejmur n tassaft, idegger akken idenyen
Mlalen-d akk at wexxam, i tmacahut ad slen

Ttxil-k lli-yi-n tabburt a baba-inu ba, a baba-inu ba
Ččenčen tizebgatin-im a yelli Ɣriba,
Ugadeɣ lweḥc  n lɣaba a baba-inu ba, a baba-inu ba
Ugadeɣ ula d nekkini a yelli ɣriba.

Mohamed Benhamadouche, plus connu sous le nom de Ben Mohamed, est le poète de langue kabyle auteur du texte A Baba-inu Ba dont Idir a fait une référence internationalement connue de la culture amazighe.

 

 

Chanter Idir ensemble

Afin de faire vivre les chansons du grand artiste IDIR, nous vous invitons à apprendre certains de ses chants. Nous avons créé un dossier spécial (voir bandeau bleu ci-dessus) que nous nourrirons dans la perspective de les entonner tous ensemble lors d’un prochain évènement culturel.

La chanson-titre du légendaire album « Ay arrac-nneɣ », est structurée par la simplicité poétique de la langue kabyle. Elle exprime le déracinement des jeunes, et l’espoir parce que la vie continue et que les générations se succèdent en se transmettant des valeurs fortes comme la droiture et la dignité.

Iwakken a iddirent tizlatin n unaẓur ameqqran Yidir, nebɣa a ttisinem kra n tuɣac-is. A tent-ncennu yidwen deg waṭas yidneɣ i userbeḥ n useggas amaziɣ amaynut Yennayer d-iteddun, di tzeqqa n Wexxam n Tiɣremt n Lyun.

La traduction proposée ci-dessous est une approche du message. En kabyle le texte est simple, fluide, évocateur. La traduction française ne transcrit malheureusement pas tous les sens et les dits et non-dits. Faites-nous parvenir votre proposition de traduction : association@awalgrandlyon.net

ɣer ar zdat

Idir, Lyon et Zina

Témoignage – Zina, adhérente de longue date apporte son témoignage sur sa rencontre avec Idir à Lyon. Un homme simple, humble, tranquille porteur d’une culture, de l’espoir de vie d’une langue et acteur de toutes les libertés. Il savait parler aux plus anciens comme aux enfants des nouvelles générations toujours avec considération, respect et bienveillance. Allez, Zina, raconte-nous ce beau souvenir avec tes mots et tes émotions :

Le souvenir que je garde est son dernier passage dans les salons de l’Hôtel de Ville pour le Nouvel An berbère, organisé par l’Association Awal Grand Lyon, en 2014, qui a marqué les esprits par la foule d’invités, si dense.

J’étais chargée de rester auprès de lui afin de répondre à ses besoins avant son passage sur scène. Mais préalablement le Maire de Lyon de l’époque, en plus d’être fan, a souhaité le rencontrer spécifiquement dans son bureau et c’est à cette occasion qu’IDIR a reçu la médaille de la Ville de Lyon.

 Je connaissais l’artiste à travers ses CD, ses concerts donnés sur les différentes scènes de Lyon et de la région. Des concerts où il créait un climat particulier avec ses belles mélodies qui s’adressaient à l’âme de chacune, de chacun. Ses concerts étaient immuables, mais je n’étais pas lassée.

 Mais ce soir-là, j’ai rencontré un homme modeste, simple dans son attitude, malgré sa notoriété. Il n’avait pas le comportement exigeant, voire égotique qu’on pourrait trouver, peut-être, chez certains autres artistes.

J’ai souhaité lui faire signer mes disques 33 tours collector aujourd’hui (ses premiers enregistrements), ce qu’il a accepté avec plaisir. 

Son calme était apaisant pour moi qui étais l’une des bénévoles, un peu stressée, par cette  célébration de Yennayer.

Au moment d’entrer sur scène, il s’est préparé tranquillement, il a mis sa chemise rouge, a pris sa guitare et… revient sur ses pas pour me dire « j’ai oublié de mettre mes lunettes ». Il n’en avait sans doute pas ou moins besoin au quotidien, mais pour respecter son image vis-à-vis de sa maison de disques, il devait les porter. « Ce sont des verres blancs, me dit-il, en souriant » !

Il est parti, précédé par un autre bénévole de la soirée, à la rencontre de son public…. Je l’ai retrouvé au dîner après sa prestation.

 En repensant à cette image d’un homme marchant vers ce pourquoi il était venu, je l’imagine aujourd’hui en ce jour anniversaire, marcher dans la lumière de sa Kabylie natale ou au pays imaginaire de la mort et de la vie !

 Idir est vivant, oui, car telle est la signification de son prénom.

Zina

Aɛssas n teqbaylit

Idir, protecteur de la culture et de la langue kabyles

Chaque maison a des protecteurs qui veillent sur elle. Pour sûr, Idir est aujourd’hui un protecteur de la maison berbère. Yal axxam yesɛa iɛssasen i t-ittḥuddun, Yidir atan tura d amastan (amḥaddi) n wexxam amaziɣ.

Ce sont des artistes comme qui nous éveillent. Ils nous laissent un message pour aller de l’avant. D inaẓuren am netta iɣ-yessakwayen. Ttaǧǧan-aɣ izen akken a neddu ar zdat.

 

 

Comment te dire Merci ? Comment te dire Au Revoir ? Ô Maître des mots, les larmes assèchent la bouche.

Tendons nos mains jointes, paumes ouvertes vers le ciel, et tu nous verras d’en haut. Tu es maintenant Étoile parmi les Étoiles dans l’Univers des Justes.

Idir, Hamid tu n’es point mort. Tu te reposes dans nos cœurs. Tu vis pour toujours en un souvenir lumineux dans les matins et les nuits de ceux et celles qui t’aiment, si nombreux dans tous les pays.

A présent lorsque nous lèverons nos yeux vers la voûte céleste, nous te verrons avec ta guitare faisant ondoyer les poèmes kabyles.

Idir tu nous as rassemblés comme un des peuples de la culture et de l’honneur. Nous suivons le noble chemin de ceux qui connaissent leurs parents. Tu as redonné aux êtres la foi dans ce qu’ils sont.

Les fruits de ton travail aujourd’hui et demain grandiront avec nos enfants.

L’âme de tes chansons est un collier que tu as forgé entre nous par-dessus la rivière de l’oubli.

Merci Idir, ô ami éclatant de la liberté et de la poésie !

Repose en paix parmi mille soleils.


Amek ara k-nini tanemmirt ? Amek ara-k nini ar tufat ? Ay agellid n wawal, imeṭṭawen sggugmen imi.

A nessend urawen, ifassen llin s igenni, a-ɣ d-ẓerreḍ kečč g usawen. Tura aql-ak d itri ger yitran n umeɣrad n uɣdimen .

Yidir, Ḥamid ur temmuteḍ ara ! Tessumeteḍ ulawen-nneɣ. Tettiddireḍ i yakkass d asmekti n tafat di tnezzayin d wuḍan n wid d tid i k-iḥemmelen, d izumal di yal tmura.

Ssya d asawen m’ara nreffed allen-nneɣ s igenwan a k-nwali s tgitart-ik tetthuzzuḍ isefra n teqbaylit.

Yidir, tessgreweḍ-aɣ-d d yiwen weɣref n yidles d userhu. Neṭṭef abrid amajeɣ n wid yessnen imarawen-nsen. Terriḍ-d i yemdanen taflest deg wayen llan. Igumma n umazil-inek, assa-a d uzekka tarwa yissen ara d-tekker. Taneffut n tzelatin-inek d azrar i tḥeddaḍ geranaɣ sennig wasif n tattut.

Tanemmirt a Yidir, ay amidi aseflalay n tlelli d tmedyazt !

Sgunfu di talwit ger wagim n yiṭijen !